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Le Champ Secret

  • : Le Champ secret, littérature, chanson, théâtre...
  • : Les mots du Champ secret voudraient dire autrement, dans le clair-obscur du sous-bois plutôt que dans la transparence obligée de l’openfield.
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Le Champ secret 

 

création le 11 août 2010

n° de Siret : 524 784 576 00018

Mairie de Maisonnisses

12 rue des Écoliers

23150 Maisonnisses 

 

Promouvoir les pratiques d’écriture sous toutes leurs formes (littérature, chansons, théâtre…) par l’édition, la création de spectacles, l'organisation d’événements, l’animation pédagogique et la formation…

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16 mai 2026 6 16 /05 /mai /2026 17:34

Voici les poèmes qui ont été lus au Festival Pliant 2026. Sous réserve d’acceptation par leurs auteurs et autrices, ils figureront dans le recueil de l’année, en compagnie d’une quinzaine d’autres dont la liste sera arrêtée au cours du mois de juin. Merci aux participant.e.s, bravo aux lauréat.e.s !

 

 

L’écrire, c’est être disqualifié !

 

 

Ce mot est interdit. J’use donc de malice.

Pour trouver le proscrit, suivez tous mes indices :

La règle est énoncée. Il faut donc s’y soumettre,

Car oser l’employer, ce serait le commettre.

 

Vocable énigmatique ayant un double sens,

Dans la mathématique on note sa présence.

C’est la suite sans fond où les siens s’intercalent.

Impossible scission en deux parties égales.

 

Six lettres le composent, on croirait un faux pas.

Plus d’aide ? Je propose : Pour un fils, c’est papa.

C’est encore ce mot que le joueur se lasse

De voir au casino séparer « manque » et « passe ».

 

Nous y sommes enfin. Vous l’avez à l’esprit.

C’est le bout du chemin. Vous méritez le prix.

Je vous vois Columbo, résolvant cette affaire

Arrivant en Peugeot, vêtu de son imper.

 

Jacques Cadilhon

 

 

 

Élection d’un roi

 

 

En des temps oubliés, les chiffres décidèrent

Pour les représenter, de se choisir un roi.

À gauche étaient les pairs, sur la droite, leurs frères.

Misogyne à coup sûr, le TROIS se fit narquois :

 « Jamais notre moitié, soyez-en bien certains,

Ne viendra nous troubler, étant indivisibles ! »

Argument réfutable ! Et  bien sûr, les voisins

Plaidèrent à leur tour, se sentant pris pour cibles :

« Vous êtes synonymes d’une maladresse !

Contestèrent  ainsi  le SIX  et ses amis.

Un roi doit évoquer élégance et finesse !

Faute, erreur et bévue en sont l’antinomie !

– Nous sommes cohérents ! se récria le SEPT.

Nous sommes cinq ici ! Mais, chose saugrenue,

Les pairs sont cinq aussi ! Illogiques, si bêtes

Que le mot décimal leur reste un inconnu ! »

Et chacun d’avancer ses plus beaux arguments,

Du terme qu’on entend dans tous les casinos

aux « jugements des pairs » et aux « imper-tinents »,

Quand le HUIT entreprit de faire un jeu de mots !

Fadaises fallacieuses ont alors fusé

Dont je ne donne ici qu’un aperçu navrant :

« Baste ! il vous suffirait de grandir d’un degré

Et vous pourriez alors venir grossir nos rangs

En devenant, très chers, divisibles  par deux !

– Félon, faites vous-même un effort constructif :

En perdant un kilo, vous vous porterez mieux !

Diviser pour régner est-il votre objectif ? »

On ne saura jamais si l’un fut élu roi.

Peut-être le plus grand est-il sorti vainqueur ?

J’ai ma petite idée mais je ne voudrais pas

Désigner l’un d’entre eux et commettre une erreur !

 

 

Jean-Jacques Thibault

 

 

 

Les maladresses

 

 

Se tromper de prénom

Dire “tu” au lieu de “vous”

Oublier de répondre

Manquer un rendez-vous

 

Liste non-exhaustive de ces

Imperceptibles écarts, ces petites maladresses

Commises sans le vouloir                   

Même si parfois elles blessent 

Propre de l’être humain dans ses imperfections

 

Rentrer seule le soir

Porter les cheveux longs

Échanger un regard

Avoir une opinion

 

Liste non rationnelle de ces

Impertinents écarts, ces pures provocations

Commises par toutes celles qui l’auront bien cherché

Disent ceux qui harcèlent, cognent et parfois même tuent

Trop souvent impunis

 

Prier à genoux

Aimer différemment

Habiter près de chez vous

Vivre tout simplement

 

Liste des interdits visant

Tous les individus désignés dissemblables

Par d’impérieux nantis qui se croient tout permis

Les techniques sont connues : du bruit et des coupables

Pour détourner nos yeux de leurs jeux de pouvoir

 

La plus grande maladresse

Qu’on pourrait bien commettre

C’est se voiler la face

Pensant sauver ses fesses

Se croire imperméable

 

Résister à la boue

S’écouter, protéger

Dénoncer les abus

À nouveau s’entraider

 

Liste non négociable de ces

Indispensables éclats, ces gestes impératifs

Si on veut éviter que l’histoire se répète

Ou pour ceux qui en doutent, plus prosaïquement :

Pour que tu ne sois pas

 

Le prochain sur la liste

 

 

Sophie Duckerts

 

 

 

Un pas de trop, la marche grince et la tasse penche, ne se pose pas droit. Je compte jusqu’à trois, puis je m’arrête ; la nuit cligne d’un seul œil, et le silence se replie. Entre cinq battements je trébuche, mais j’avance, de biais, fidèle à cette danse qui refuse la ligne et cherche, dans le défaut, son propre tempo.

Neuf pas, puis un autre qui manque. La route hésite sous mes pieds, le sol répond par un soupir. Le cœur bat sans cadence sage, s’égare, s’obstine, insiste. Il y a toujours une seconde de trop, un souffle en trop, un battement qui déborde et déplace le cours des choses. Pourtant, c’est ainsi que je tiens.

On m’a appris l’alignement, les partages nets, les moitiés sages, les comptes qui tombent juste et se ferment sans reste. Mais à chaque partage demeure une trace : une chaise vide quand la table est pleine, un rire sans retour, un écho sans source, un battement qui dépasse la phrase et fait frémir la musique.

J’apprends la beauté des ruptures, l’éclair bref des choses bancales, la phrase qui saute la mesure et trouve là son vrai souffle. Les formes droites me glissent des mains ; je garde les lignes qui tremblent, les contours qui résistent, les équilibres fragiles mais vivants.

Ce reste, ce fragment que personne ne réclame, je le garde encore. Il décale mes jours, déplace mes pas, refuse la symétrie tranquille. Ce qui ne tombe pas juste me tient debout. Et je marche ainsi, accordée au faux qui dure, fidèle à ce nombre solitaire qui empêche la somme de se refermer.

 

 

Audrey Barandon Schmitt

 

 

 

Marée montante

 

 

Un matin de trop, une vie de travers

Trois cafés froids, un dernier goût amer

Cinq automnes qu’elle vole en feuille morte

Sept chakras éteints, le vide en escorte.

 

Neuf kilomètres, l’appel lointain de l’océan

Onze degrés, assauts lancinants des courants

Treize voyages, l’Atlantique à perpétuité 

Quinze minutes pour mesurer l’immensité.

 

Dix-sept regards passent sans jamais voir

Dix-neuf musiques, nuits blanches, idées noires

Vingt-et-une rivières, elle se laisse porter

Vingt-trois branches, trop fragile pour s’accrocher.

 

Vingt-cinq miroirs, reflet d’un espoir échu

Vingt-sept chemins, toujours des voies sans issue

Vingt-neuf portes, sa seule clé : la fuite

Trente-et-une bougies, une flamme qui hésite.

 

Trente-trois marches pour rejoindre la plage

Trente-cinq pas, le sable retient son courage

Trente-sept visages, aucun pour la retenir

Trente-neuf souvenirs qu’elle laisse s’engloutir.

 

Quarante-et-un silences avalés par les vents

Quarante-trois pensées figées dans le temps

Quarante-cinq battements, le cœur en sursis

Quarante-sept ans, prête, vers l’océan infini.

 

 

Gilles Prebende

 

 

 

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